Reflets
Photographier un reflet, c’est accepter qu’une image ne tienne jamais en place.
Les photographies réunies ici ne montrent pas la ville telle qu’elle est, mais telle qu’elle se dédouble, se trouble, se mélange à ce qui la traverse. Elles surgissent à la surface des vitres, des façades, des écrans urbains, ces seuils où le monde et son apparition se confondent.
Rien n’est construit, rien n’est combiné :
tout se joue au moment même où le regard rencontre la surface. Une silhouette pose sans le savoir à l’intérieur d’un cadre géant ; un immeuble se fond dans un manteau suspendu ; un intérieur devient la scène d’un ailleurs ; un éclat de lumière fracture une présence.
Ces images, nées d’un procédé simple, reposent sur une confiance : celle de laisser le visible se recomposer seul, sans intervention.
Il s’agit d’une disponibilité au monde : observer sans projeter, accueillir ce qui advient sans le retenir. Mais ici, la ville ne se donne plus comme une suite de seuils à franchir : elle devient un tissu mouvant, un palimpseste où chaque fragment dialogue avec un autre, où un geste furtif rejoint un bâtiment lointain, où une posture répond à une ombre.
Les reflets proposent un espace intermédiaire, ni le dedans ni le dehors, ni l’instant présent ni son souvenir, un endroit où les frontières se dissolvent.
On n’y cherche pas le “vrai” : on se laisse plutôt glisser vers ce qui, dans l’indécision, se raconte malgré nous.
Reflets invite à regarder autrement : à accepter l’ambigu, la superposition, le doute. À reconnaître que le réel ne se résume jamais à ce qu’il montre, mais aussi à ce qu’il laisse apparaître, par accident, par transparence, par hasard.
















